Nous avons d’abord voulu tester si le public parisien pouvait se mobiliser autour de soirées à thématiques espagnoles avec l’aide efficace des professionnels français du monde de la presse et du cinéma.

Et Espagnolas en Passy, Nos ancêtres les concierges est né.

 

 

  Passy? Le XVIe arrondissement et tout particulièrement le quartier de Passy sont le berceau historique de l'immigration espagnole à Paris. Le cinéma Le Majestic Passy nous tendait les bras. La boucle était bouclée.

  Nos soirées, le dernier lundi de chaque mois depuis janvier 2008, ont été un succès total. Les films… un savant mélange de courts et de longs métrages, documentaires, drames, films de genre, films intimistes et tous en présence des équipes. Les équipes… des réalisateurs, acteurs et producteurs, des catalans, castillans ou basques, tous sont venus avec enthousiasme pour soutenir notre aventure. Une aventure dans une ambiance joyeuse, bon enfant et qui se terminait à chaque fois dans une profusion de charcuterie et autres bons vins.

 

Nos ancêtres, les concierges… 

      Entre 1962 et 1980, l’émigration espagnole officielle en Europe (avec un contrat de travail) dépassait un million cent mille personnes : 16% étaient des femmes, soit environ 180.000 personnes. La France était à l’époque la destination préférée des femmes qui y émigraient seules pour travailler.

 

      L’émancipation précoce des Françaises a été aidée par la présence d’émigrées espagnoles, beaucoup moins instruites, mais néanmoins très travailleuses et compétentes dans les tâches ménagères. Elles vivaient très près des maisons où elles travaillaient, le plus souvent dans des chambres de bonne, et étaient disponibles 24 heures sur 24. La reconnaissance était mutuelle, car en Espagne, une femme ne pensait à être femme de ménage qu’en dernier recours. C’était l’échelon le plus bas, presque aussi méprisé que celui de prostituée, mais sans ses poursuites pénales. Voilà pourquoi les Espagnoles qui ont émigré ont eu le courage d’aller travailler en France.

 

« J'ai d'abord travaillé à l'heure. Avec ce que je gagnais en une heure, je payais la chambre, avec la deuxième, je payais la nourriture et je mettais toujours de côté le gain de la troisième heure.

J'ai travaillé chez un vieux monsieur qui vivait seul. J’étais hébergée chez lui, dans une chambre de bonne. Je devais tout faire : les repas, la lessive et le ménage. Mais c’était très facile car il ne salissait rien, et il était très correct avec moi. Quand il est tombé malade, sa fille m’a dit que je devais chercher une autre maison. Tout de suite, je n’ai eu que l’embarras du choix. C’est là où j’ai trouvé le meilleur travail de ma vie : concierge dans un immeuble. Je devais juste faire le ménage une fois par semaine, et je n’avais à payer ni la loge, ni les frais d’électricité et de chauffage.

J’étais respectée de tous et quand je parlais français, je me faisais très bien comprendre. Je n’avais même plus besoin de beaucoup travailler. L’Espagne me semblait bien lointaine. Au bout de 25 ans, j’avais presque les mêmes goûts que les Français. Dès mon arrivée en France en 1960, j’ai aimé la façon dont on me traitait. Les Français étaient toujours bien élevés : ils me disaient “s’il vous plaît” et merci”. Depuis quand en Espagne, est-ce qu’on remercie une employée de maison pour son travail!”. »

Extraits de « Une employée de maison espagnole à Paris » de Sagrario Martinez-Berriel
(Université de Las Palmas)

 

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