Dimanche 23 juin à 20h30

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Hommage à Sergi López

 

      En quoi pouvons-nous reconnaître un grand acteur ? Comment peut-on dire qu’un acteur disparaît derrière le personnage ? De quelle manière un interprète peut-il réussir à transformer sa composition en inoubliable ? Je ne suis pas sûr d’avoir la bonne réponse, mais, d’avoir le bon modèle, si, et il s’appelle Sergi López. 

      Il est un père parfait pour Marc Recha dans Un dia perfecte per volar, un sadique puissant dans El laberinto del fauno de Guillermo del Toro, un sympathique imprévisible et inquiétant dans Harry, un ami qui vous veut du bien ou un dur au bon cœur dans la plupart des films de Manel Poirier. Quand Sergi López, le personnage incarné par Sergi López, prend entre ses bras un partenaire, nous ne savons jamais si c’est une démonstration d’affect ou bien s’il va essayer de lui casser la colonne vertébrale. Le scénario, bien sûr, indique tout ce qui doit se passer, mais entre les mains de Sergi les choses deviennent plus compliquées parce que réelles. Lui semble vivre, inventer, échapper au déterminisme voulu par le metteur en scène et les papiers qu’il a écrit avant de dire « moteur ! ».  Je crois que c’est Dominik Moll le premier qui a compris le parti qu’on pouvait tirer d’un acteur plus vrai que nature. Après Harry…, tous - et avec ce “tous“ je parle de Stephen Frears, Marion Vernoux, Danièle Thompson, Arnaud Larrieu, François Ozon, Isabel Coixet, Arnaud des Pallières, Isaki Lacuesta, Alice Rohrwacher, Marion Hänsel, Terry Gilliam, parmi beaucoup d’autres et aussi de toi et de moi - tous, nous savons qu’avec Sergi les personnages, leur comportement, le sens de leurs actions, est plus riche. Il apporte ce plus de complexité.

         Quand il est parti de sa Vilanova i la Geltrú pour apprendre à devenir clown à Paris avec l’aide de Jacques Lecoq, nous aurions déjà dû nous en douter. Il n’y a pas de clown heureux. Le lieu commun et la réalité nous disent que son sourire cache toujours un drame, de la même manière que la vie nous amène à la mort, peut-être en souriant mais sans jamais arrêter de marcher. Vous avez vu Sergi au théâtre dans Non solumou 30/40 Livingstone ? Il nous fait rire, il s’agite, il court ou il parle, il sait tout ou s’interroge sur tout et, au final, se découvre seul et désespéré, mais décidé à continuer à vivre et jouer comme s’il ne connaissait pas la fin de la pièce. 

         Quand Sergi arrive sur un tournage, il salue chacun. Un par un. Il serre la main et il se présente. Il n’oublie personne de l’équipe. Il est pareil pour tous et perçu différent par chacun. Mais il sait comment il doit faire. En bon professionnel mais aussi par pure politesse. Parce qu’il ne s’agit pas “only“ du “staff“. Après, une fois sur le “set“, il reste toujours très concentré et discret, disposé à nous surprendre, à apporter ce petit plus de crédibilité lié à sa personne, à son comportement comme citoyen ou à son sérieux comme interprète. 

Octavi Martí, Directeur adjoint Filmoteca de Catalunya

 

Filmographie (extraits)
2019 Staff Only, de Neús Ballus
2019 Black is beltza, de Fermin Muguruza
2018 Heureux comme Lazzaro, de Alice Rohrwacher
2018 L’Homme qui tua Don Quichotte, de Terry Gilliam
2017 Orpheline, de Arnaud des Pallières
2017 En amont du fleuve, de Marion Hänsel
2015 21 Nuits avec Pattie, de Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu
2013 Turf, de Fabien Onteniente
2011 Chez Gino, de Samuel Benchetrit
2010 Pain noir, de Agustí Villaronga
2010 C’est ici que je vis, de Marc Recha
2009 Carte des sons de Tokyo, de Isabel Coixet
2009 Partir, de Catherine Corsini
2008 Ricky, de François Ozon
2007 La Maison, de Manuel Poirier
2006 Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro
2005 Les Mots bleus, de Alain Corneau
2005 Peindre ou faire l’amour, de Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu
2003 Dirty Pretty Things, loin de chez eux, de Stephen Frears
2002 Décalage horaire, de Danièle Thompson
2002 Une chance pour Miguel, de Miguel Albaladejo
2001 Reines d’un jour, de Marion Vernoux
2000 Harry, un ami qui vous veut du bien, de Dominik Moll
2000 Entre les jambes, de Manuel Gomez Pereira
2000 Toreros, de Eric Barbier
1999 Rien à faire, de Marion Vernoux
1999 Une liaison pornographique, de Frédéric Fonteyne
1997 Western, de Manuel Poirier
1992 La Petite amie d’Antonio, de Manuel Poirier

 

 

 

 

 

 

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